DELACRATION SUR LA CRISE POST-ELECTORALE

D’emblée, je voudrais rendre hommage à Madame Zouhairatou Hassana, enseignante décédée le mardi 21 Octobre 2025 lors des manifestations réclamant le respect du vote des camerounais. Ce décès neuf ans jour pour jour après la catastrophe ferroviaire d’Eséka est aussi une catastrophe pour notre démocratie. Je salue sa mémoire et présente à sa famille mes sincères condoléances.  Les élections ne devraient pas aboutir à ce type de drame. Malheureusement, l’incertitude sur le résultat de l’élection présidentielle met le pays en ébullition.

 

En effet, depuis la fermeture des bureaux de vote le dimanche 12 octobre et la publication des résultats acquis dans chaque bureau de vote en application des dispositions légales, les accusations de manipulation des résultats de l’élection présidentielle fusent de toutes parts sur l’étendue du territoire national et dans la diaspora. Ce doute sur la sincérité du scrutin favorisé par l’absence de publication par ELECAM des résultats provisoires ou partiels de l’élection présidentielle a débouché sur des troubles à l’ordre public dans certaines  localités du pays dont le saccage et la mise à feu des édifices publics dans le département de la Menoua en particulier dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 octobre 2025. Si les manifestations semblent avoir été maitrisées à Douala, Yaoundé et certaines villes à l’ouest du pays, les trois régions septentrionales sont fortement secouées par des manifestations populaires post-électorales.

 

Qui a gagné l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 ?  Il faut répondre sereinement et sans parti-pris à cette question pour préserver la paix et l’unité du pays.

 

Le Candidat Issa Tchiroma revendique sa victoire sur la base des résultats de 18 départements sur 58 départements et la diaspora en postulant que les 18 départements représentent les 80% du corps électoral et faisant l’hypothèse d’un comportement électoral similaire pour le reste de la population.

 

En réalité, d’après les chiffres rendus publics par l’équipe de décompte du candidat, les 18 départements en question correspondent à  4 455 945 inscrits sur  8 219 210 58 inscrits sur le fichier électoral, soit 54% du corps électoral. Leur répartition géographique indique que 10 sont sur les trois régions septentrionales et représentent 80% du corps électoral de ces régions. 5 départements sont sur la partie Littoral–Ouest du pays et représentent 48% du corps électoral des quatre régions  Littoral, Ouest, Nord-ouest et Sud-ouest. 3 départements sont sur la partie Centre-Sud-Est du pays et représente 31% du corps électoral de ces trois régions. Cette répartition et l’exclusion dans ce décompte des deux régions anglophones et la région du Sud apportent la lumière sur les limites de l’hypothèse de la similarité du vote dans les 40 départements non pris en compte dans le décompte de l’équipe du candidat.  Il convient alors de dire que, si ce décompte sur 18 départements semble lui donner une avance incontestable, il n’apporte pas  la certitude mathématique de la victoire du candidat  Issa Tchiroma.

 

Par ailleurs, le décompte ELECAM découvert via les réseaux sociaux  au terme des travaux de la Commission de recensement général des votes annonce la victoire du Président Biya avec 2 474 179 votes, soit 53,66% des suffrages valablement exprimés sur l’ensemble du territoire national et la diaspora.  Mais la crédibilité de ce score est fortement entachée par des comportements malsains et anti-démocratiques de certains pontes du régime qui,  voulant conserver leurs positions au sein de l’appareil d’état, ont acheté les votes, bourré les urnes et falsifié les procès-verbaux. En particulier, les taux de participation et les scores invraisemblables attribués aux régions anglophones en crise depuis près d’une décennie résonnent comme une négation, voire un viol de nos concitoyens du nord-ouest et du sud-ouest. Cela étant, aussi répréhensibles que soient ces comportements anti-démocratiques, rien ne permet en dehors d’un recomptage des votes d’établir la certitude mathématique de leur influence sur le verdict de l’élection.

 

La machine étant enclenchée, le Conseil Constitution va proclamer les résultats du scrutin du 12 octobre sur la base des chiffres contestés d’ELECAM avec le risque d’un durcissement de la crise post-électorale et de l’embrasement du pays. Le temps n’est pas aux postures politiciennes et à l’hypocrisie. Il faut sauver le Cameroun et protéger les camerounais. Il faut dialoguer et trouver un compromis au nom de la paix. Il faut par-dessus tout entendre l’appel au changement des camerounais. Il faut partager le pouvoir considérant que,  quel que soit le résultat de cette élection mal organisée, il sera frappé du sceau de l’illégitimité.

 

Dans cette logique et loin des jusqu’au-boutistes d’un camp comme de l’autre, je propose la mise en place d’un Gouvernement d’union nationale pour mettre la nation sur la voie de la paix, de la concorde nationale, de la relance économique et de garantir une transition politique démocratique et paisible au sommet de l’état. Les missions de ce Gouvernement seraient de :

 

  • Mettre un terme à la guerre dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, assurer la reconstruction des zones en guerre et assurer le retour des populations;
  • Relancer l’économie nationale et améliorer significativement le pouvoir d’achat des camerounais ;
  • Reformer le système électoral pour garantir des élections transparentes et acceptables par tous ;
  • Assurer une transition démocratique et paisible au sommet de l’Etat suivant l’aspiration profonde des camerounais.

L’intérêt général de notre pays doit être au-dessus de toutes considérations partisanes, de toutes ambitions et nous ne devons faire l’économie d’aucun sacrifice pour ramener la paix et éviter au pays un profond déchirement.

 

Samuel BILLONG

Le Président National.